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Savoir accorder le participe passé en cinq minutes sans prononcer «complément d’objet»

En un mot : la bonne question est: «qui est-ce qui (s’)est…»

(Crédit-photo Robin Higgins via pixabay.com.)

C’est souvent un casse-tête. Une question qui m’était posée sur deux, en moyenne, portait sur ce sujet. La règle n’est pas évidente à appliquer, sans parler des exceptions et des exceptions aux exceptions. Et pourtant, il y a un moyen simple, répondant à 95% des cas qui m’ont été soumis, en simplifiant l’approche (plus exhaustive) du linguiste belge Marc Wilmet dans Le participe passé autrement. Ça prend cinq minutes… sans avoir à prononcer «complément d’objet».

On vous parle essentiellement de l’accord du participe passé employé avec un auxiliaire, autrement dit du faire dans les temps composés.

La question à se poser

Je repère le participe à accorder (ou pas). C’est le receveur d’accord. Il dépend d’un donneur. Quel est ce donneur? Selon la place du donneur et du receveur, l’accord est possible et même obligatoire, ou l’accord est bloqué. Règle de base :c’est comme pour la règle de l’en-avant au rugby, le receveur d’accord doit être placé derrière son donneur dans la phrase.

Si je dois accorder (ou pas) le participe passé jeté, la question est :

Ai-je déjà écrit, au moment où je dois écrire le participe, ce qui est jeté ?

  • J’ai jetÉ* de vieux journaux.
    Au moment même où j’écris «jeté», je n’ai pas encore écrit ce qui était jeté (les vieux journaux) : pas d’accord.
  • Les fleurs que j’ai jetÉES* étaient fanées.
    Au moment où j’écris «jetées», j’ai déjà écrit ce qui était jeté (les fleurs) : accord !

Le principe de la «méthode Wilmet» est de se demander, au moment où l’on écrit le participe passé, si l’on a déjà écrit ce qui est [+ participe passé]. Cela fonctionne avec les verbes pronominaux en se demandant ce qui s’est [+ participe passé]:

Exemples supplémentaires

  • J’ai vendU…
    Ai-je déjà écrit ce qui est vendu ? (une pomme, des poires, deux tonnes de fonte, mon âme au diable) Non. Pas de support déjà connu pour l’accord, pas d’accord. Peu importe que j’aie en tête, ce que j’ai vendu : ce n’est pas écrit avant vendu.
  • Les deux gâteaux que j’ai achetés
    Au moment où j’écris le participe achetés, j’ai déjà écrit ce qui était acheté (les deux gâteaux).
  • Laver…
    • Elle s’est lavée
      Écrit tel quel, c’est elle qui s’est lavée. On fait l’accord puisque le s’ (=elle-même) est déjà écrit.
    • Elle s’est lavé… les pieds
      Quand j’ai écrit lavé, je savais que je devais écrire après ce qu’elle avait lavé.
    • Elle a peigné les cheveux qu’elle s’est lavés
      On a déjà écrit les cheveux… qui ont été lavés.

Ça fonctionne également avec un vieux piège (se succéder) : Ils se sont succédé.
Quand j’écris succédé, la question qu’est-ce qui s’est succédé n’a pas de sens car l’un succède à l’autre, il n’est pas succédé.

Même remarque pour les verbes impersonnels avec Il a plu, neigé, venté. On ne peut répondre à la question : Qu’est-ce qui est plu, neigé, venté? Pas d’accord puisque la question, ne pouvant être posée , ne permet aucune réponse «ayant du sens».

Compléments

L’accord du participe passé connaît d’autres subtilités (participe suivi d’un infinitif, participe précédé de « en ») que traite la « méthode Wilmet »-avec la notion de « blocage (ou bloqueurs) d’accord du participe ».

On pourra également se reporter aux « études de cas particuliers » de notre dossier.

Mais le cas le plus fréquent est le cas le plus simple d’accord. On le résout, simplement, avec la question précédente.


Marc Wilmet, éminent universitaire belge a publié le Participe passé autrement, qui évoque les exceptions et sous-exceptions, et dont nous exposons ici le raisonnement pour le cas le plus général. De quoi régler 90% à 95% des cas qui nous sont soumis, et qui correspondent le plus souvent à la règle de base. Pour qui souhaite aller plus loin, on peut recommander d’abord cette communication à l’Académie royale de langue et littérature françaises de Belgique sur «le complément direct objet de mon ressentiment» (réunion mensuelle du 11 février 2006, document PDF). Voir aussi la [bibliographie] du dossier.

Cette même astuce figure également dans la série ORTH (Janine et Jean Guion, Nathan éd.), à partir du CM2 (dernière année d’enseignement élémentaire en France) et au-delà. Mais l’ouvrage de Marc Wilmet traite, quant à lui, de l’ensemble des cas : il n’est pas limité aux enseignements fondamentaux qui sont, par nécessité, ceux d’ouvrages à vocation scolaire.

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