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«Au temps pour moi» ou «autant pour moi» ?

En un mot : Il ne faut pas toujours plonger des hauts de «Hurle-au-temps».

(Illustration : LaFAQdefrancais.)

Malgré les assertions péremptoires de puristes souvent moutonniers, la question reste ouverte. Ce qui est le plus surprenant reste que ce débat passionne étonnamment les foules au point d’avoir été constamment le sujet le plus consulté des précédentes versions de ce blog avec l’accord du participe passé, sujet autrement complexe par son objet!

Le Français correct de Maurice Grevisse, le Petit Robert » et la plupart des auteurs normatifs (comme Girodet ou Jouette) préconisent «au temps pour moi». On notera que de nombreuses références à cette version emploient de manière moutonnière l’argument d’autorité sans toujours l’expliciter (toujours se méfier des On écrit comme ça parce que.)

Quand explication il y a, on évoque fréquemment une origine militaire (« temps » successifs de maniement d’arme, comme on a «au temps pour les crosses»), parfois une origine musicale (une erreur du chef d’orchestre). «Au temps pour moi» est utilisé par une autorité (quelle qu’en soit la nature) qui vient de faire commettre une « fausse manœuvre collective ».

L’approche militaire d’«au temps pour moi» et d’«au temps pour les crosses» renvoient aux ordres erronés dans l’apprentissage du maniement d’armes (fusil sur l’épaule, présentez arme et toutes ces sortes de choses qui n’évoquent que les souvenirs nostalgiques d’une jeunesse irrémédiablement passée à ceux qui n’ont plus les vingt ans de leur service militaire). Par extension, «au temps pour moi» est prononcé par celui qui s’est trompé et s’en rend compte avant les autres.

Néanmoins, l’usage de «autant pour moi» — forme elliptique de «c’est autant pour moi» — est revendiquée par maintes usagères et usagers qui ne méconnaissent pas les finesses de la langue. L’immense Maurice Grevisse, dans le Bon Usage (10e éd., 1975, § 989, 2, note 1) mentionne les usages de «au temps», mais souligne qu’il peut y avoir doute. Il rappelle qu’André Thérive (Querelles de langage, tome II) estimait que «au temps» pourrait être une orthographe pédantesque pour «autant».

Pour sa part, Claude Duneton, dans une chronique langagière parue dans le Figaro (18/12/2003), a développé une argumentation en faveur de la graphie «autant pour moi».

Le choix reste donc ouvert (du moins lorsqu’il s’agit de signaler une erreur), en fonction des préférences de chacun ou des circonstances. Mais, en tout état de cause, on doit utiliser «autant pour moi» s’il est question d’une même chose ou d’une quantité et non d’une erreur.

En voici un exemple, dans ce cas qui met en scène deux personnes prenant le thé chez une troisième :

—Combien de sucres dans votre thé?
— Deux pour moi, s’il vous plaît ! annonce la première.
— Autant pour moi ! ajoute la seconde.

(Crédit photo Michael Burrows sur Pexels.com.)

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