Accord du participe passé, Questions-Réponses

J’espère vous (nous) avoir… aidé, aidée, aidés, aidées?

En un mot : accorder le participe passé se complique avec «vous» et «nous» qui naviguent entre masculin et féminin, singulier et pluriel.

(Photo «Kampus production», sur Pexels.com.)

Question

«J’espère vous avoir aidés…»
Faut-il mettre s à aidé…?

Réponse

Tout dépend de ce à quoi correspond ce vous. Le pronom vous est toujours présenté comme celui de la deuxième personne du pluriel, mais mais son prédécesseur nous dans les tableaux de conjugaison, il peut aussi désigner une seule personne (je reviendrai plus bas sur la question de l’accord avec nous).

En outre, le pronom, comme son nom l’indique, «porte» des valeurs grammaticales du nom auquel il renvoie implicitement ou explicitement : le genre (masculin/féminin) et le nombre (singulier/pluriel). Si le pronom désigne plusieurs personnes, il sera au pluriel, évidemment; en revanche, il faut penser aussi à l’accord en genre. Si le pronom désigne une seule personne (vous «de politesse»; nous «de majesté», par exemple), il faudra le singulier, mais réfléchir aussi à l’accord en genre en fonction de l’identité de la personne concernée par ce singulier nous ou vous.

1er cas : vous renvoie à un collectif

Collectif renvoie ici à plus d’une personne. On aura donc :

a) aidés, pour un groupe mixte, entièrement masculin ou un collectif non identifié quant au genre.
J’espère vous avoir aidéS : qui est «aidé» > vous, le groupe mixte, entièrement masculin ou dont les caractéristiques de genre ne sont pas connues.

b) aidées, pour un groupe exclusivement féminin (deux sœurs, un groupe d’élèves ou d’étudiantes, un couvent de moniales…à.
J’espère vous avoir aidéES, vous, les deux frangines, les trois étudiantes qui m’ont interviewé, etc.

c) aidé·e·s ou aidé·es, si vous faites le choix de l’écriture inclusive selon la manière dont vous procédez.

(Crédit photo : «Ketut Subiyanto» sur Pexels.com.)

2e cas : c’est un vous dit «de politesse» ou de «déférence»

L’accord se fait en nombre au singulier; en genre, selon celui de la personne (aidée ou aidé). Dans ce cas précis, on connaît la personne et donc son genre.

3e cas particulier : quand on a le choix (organisme collectif)

Dans le cas d’une entreprise, d’une association, etc., l’accord peut viser la personne à laquelle on s’adresse nominativement (vous de politesse) ou au collectif (indifférenciation de genre transcrite par le masculin, sauf si l’on sait qu’il est exclusivement féminin, comme par exemple les membres d’une section sportive féminine, y compris dans son encadrement).

Le contexte de l’échange doit permettre de déterminer si on a le choix ou si, pour une raison particulière (la susceptibilité relative de l’interlocutrice ou de l’interlocuteur), le vous de politesse sera plus approprié.

(Louis XIV par Hyacinthe Rigaud en 1700-1701. Domaine public, Wikimedia Commons.)

Nous, c’est comme vous

On peut rencontrer les mêmes interrogations sur l’accord avec nous.

Comme vous, ce pronom — outre la question du genre — peut-être pluriel («Il nous a aidés/aidés/aidé·es») ou singulier.

C’est le nous dit «de majesté», fréquemment employé avec une majuscule de déférence.
«Nous récompenserons à sa juste mesure le talent de ce remarquable artiste qui Nous a représentÉ de si belle façon, dit le Roi.».

C’est aussi le nous de modestie (nous d’auteur), en usage notamment dans les textes académiques (mémoires ou dissertations d’étudiantes et étudiants, publications scientifiques des universitaires…). Il impose de même le singulier (le genre variant selon qu’on a affaire à une autrice ou un auteur).

Précisions sur les autres pronoms

Ils présentent moins de difficultés que nous et vous, du moins quand on nombre : qu’ils soient pronoms sujets ou compléments, ils sont strictement singuliers (je/me, tu/te, il/le ou la) ou strictement pluriels (ils/elles).

Si les pronoms compléments le ou la correspondent à un genre défini (masculin ou féminin), leur forme élidée est commune : l’, ce qui nécessite de faire attention (ce l’ est-t-il un la ou un le élidé: ça peut changer l’accord, si accord du participe il y a.

Quant à je/me et tu/te, ils sont des deux genres. Il faut donc choisir le bon.

  • X m’a aidéE ou aidé ?
  • Y t’a regardéE ou regardé ?
  • Z l’a rejointE ou rejoint ?

On a au moins une satisfaction. Le pronom lui correspond toujours à une construction indirecte (donc, ni sujet avec être, ni complément direct avec avoir). Certes, il est aussi utilisé pour marquer l’insistance, mais avec le pronom sujet il («lui, il est…») qui lève toute ambiguïté.

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