Grammaire, Questions-Réponses

Apostrophe ou trait d’union ?

En un mot : Faut-il, et non °Faut’il; Y a-t-il, et non Y a-t’il… mais Va-t’en!

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Je lis de plus en plus : le chat mange-t’il la souris ? ou encore faut’il…. Ça ne me paraît pas très juste, j’avais appris Le chat mange-t-il la souris ? : des tirets partout et pas d’apostrophe. Avez-vous la réponse ?

Rappel des formes correctes courantes (on dira pourquoi après)

Avec trait(s) d’union.

  • Fautil …. ?
  • Y atil … ?
  • Comment appelleton… ?
  • Le chat mangetil, miauletil, dortil ?
    (Eh oui! c’est plus simple avec les verbes des 2e et 3e groupes.)

Mais en revanche avec apostrophe :

  • Va-ten ! (dans ten)

Deux signes à ne pas confondre: l’apostrophe et le trait d’union

(«Le trait d’union», Grammaire française des lycées et collèges par Henri Bonnard, éditions «classiques SUDEL», 11e éd. (1950-1973), p. 204. Collection personnelle de l’éditeur du site.)

Le trait d’union

Le t de mange-t-il ? n’est pas l’élision du pronom te, mais un simple t euphonique pour éviter un hiatus entre le e de mange et le i de il. Le t euphonique est juste là pour faire tampon entre deux voyelles (mangE Il) qui donneraient un son désagréable (l’hiatus, justement, dont le h est muet).

Dans faut-il, c’est une inversion (il faut > faut-il ) qui est marquée par le trait d’union et non l’apostrophe. On retrouve cette inversion dans les phrases interrogatives :

  • phrase déclarative (on va dire «basique») :
    Il faut que Pierre range sa chambre maintenant.
    (Dans la langue parlée, on aura le même dans l’interrogation: c’est le ton du début de la phrase qui permettra d’identifier, si j’ose dire, le point d’interrogation.)
  • phrase interrogative plus soutenue :
    Est-ce qu’il faut que Pierre range sa chambre maintenant ?
  • phrase interrogative dans une langue surveillée, voire littéraire :
    Faut-il que Pierre range sa chambre maintenant ?
    On voit que c’est la phrase déclarative avec une inversion qui est marquée par le trait d’union. C’est d’ailleurs la même chose dans la phrase précédente où Est-ce est l’inversion de C’est, même si est-ce que est sans doute perçu aujourd’hui comme une formule figée.

La logique de l’inversion est la même pour y a-t-il qui est l’inversion interrogative de la déclaration il y a. Le t, qui n’est rajouté que pour faire joli (ou, du moins, moins laid) est raccroché aux deux mots qu’il sépare par un trait d’union de chaque côté.

(«Apostrophe sur une machine à écrire portable Remington de 1920. Photo Antony Albright sur Wikimedia Commons, licence CC-BY-SA.)

L’apostrophe

L’apostrophe est un signe d’élision (une voyelle qui a sauté) : l’épicier (pour °le épicier). On peut la rencontrer dans les pronoms : il te regarde, mais il t’écoute ; il la mange, mais il l’avale. L’apostrophe permet d’éviter un hiatus (Il tE Écoute), mais par disparition de la première voyelle de la paire qui heurterait l’oreille: il TE écoute => il T’écoute. Et du coup elle «raccroche» les deux mots dont la prononciation devient groupée.

Il faut donc faire attention aux cas dans lesquels le t est bien le pronom te élidé.

Comparez ces phrases :

  • Je m’en vais. (je vais… moi hors d’ici [en].)
  • Il s’en va.
  • Tu t’en vas.

Essayons de mettre ces phrases à l’impératif.

Aïe ! Impossible pour les phrases n° 1 et n° 2 ! On utilise le subjonctif et le pronom (mais les pronoms seront élidés) :

  • Que je m’en aille !
  • Qu’il s’en aille !

Mais, à la deuxième personne (du singulier et du pluriel), c’est possible :

  • Va-t’ en !

Au pluriel, on aurait bien : Allez-vous-en ! CQFD

Vous n’est pas élidé : pas d’apostrophe !

Revenons sur ces deux formes. On voit clairement la transformation du pronom réfléchi entre une phrase déclarative et une phrase exclamative :

Phrase déclarativePhrase exclamative
Tu t’en vas.Va-t’en !
Vous vous en allez.Allez-vous-en !
Complément. — Après la publication de l’article, un gazouillis sur Twitter m’a interpellé: Va-t’en, mais pourquoi va-t-en guerre. Dans va-t-en guerre, le T est un T supposé éviter un hiatus. Grevisse et Goosse parlent de «T analogique» car, en l’occurrence, la formule est tirée de la chanson populaire Malbrough s’en vaten guerre, d’où on a tiré un va-t-en guerre pour désigner un personnage batailleur, belliqueux. Ce T correspond, dans la langue populaire ou relâchée, à une liaison qu’un Bérurier qualifierait de mal-t-à propos, ce qu’on nomme un cuir (quand le Z est de service à la place du T, on appelle ça un velours : voir le Wiktionnaire en cherchant le § 6). Cuir et velours sont des pataquès. Je vous laisse le plaisir d’en savoir plus en suivant ce lien!

Liens pour aller plus loin

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