Expressions et vocabulaire, Orthographe

Martyr ou martyre ?

En un mot : Ne pas confondre les deux noms : l’un est variable en genre, l’autre non. Une martyre ou un martyr ont subi le martyre. Mais le terme a aussi un usage plus atténué, moins définitif…

(Le martyre de sainte Barbe (santa Barbara) par Cranach le Vieux (1510). Metropolitan Museum of Art de New York/Wikimedia Commons, lic. CC-BY-SA 3.0.)

Nom variable en genre, « martyr, martyre » s’applique aux personnes ou aux groupes humains (un martyr, une martyre, les martyrs, les martyres…). Mais « le martyre » (nom masculin, invariable en genre) désigne en revanche les souffrances ou les supplices subis.

Le terme a d’abord eu une connotation religieuse dans le christianisme (le martyre de saint Sébastien), avant d’être étendu à ceux qui étaient mis à mort ou exposés à de considérables souffrances pour une autre religion ou pour leur cause ou leur idéal.

Toujours lié à des assassinats en masse ou à de grande souffrances, ainsi qu’à de considérables destructions (le martyre d’Oradour-sur-Glane; le martyre des populations civiles subissant la guerre), son usage s’est atténué, affadi — évolution assez fréquente de la langue: «J’ai souffert le martyre avec cette rage de dent»). De la douleur, on est même passé au simple ennui («Assister à cette pièce de théâtre était un martyre»)… tout comme ce que est terrible est loin d’inspirer toujours la terreur originelle.

Voici quelques définitions de dictionnaires en ligne.

Dans la même famille de mots, on trouve «martyriser», faire souffrir le martyre, mais aussi, notait déjà Littré comme figuré et «par exagération»: faire souffrir de grandes douleurs.

Quant au martyrologe, ce fut d’abord la liste des martyrs, étendue ensuite aux autres saints. En ce sens particulier, le terme qui est un quasi-nom propre (livre liturgique) prend la majuscule, usage mentionné par Littré et qui figure toujours dans la définition du Dictionnaire de l’Académie.

Celle-ci ajoute cependant:

Par extension. Se dit d’une liste rappelant les noms des héros qui ont souffert ou se sont sacrifiés pour une cause. Le martyrologe de la Résistance.

Dans ce sens, martyrologe est un nom commun (il peut y avoir plusieurs types de martyrologes) qui ne prend pas la majuscule.

On trouvera d’autres dérivés dans l’article «martyrologe» du TLFi.

On notera que pour martyrium la définition de l’Académie française ne retient que «Crypte ou sanctuaire abritant le tombeau ou les reliques d’un martyr», tandis que le TLFi, qui retient au second rang cette définition, donne en premier lieu un sens plus étendu (mais que ne confirme pas, au fond, l’exemple cité qui remonte à 1852 et qui mentionne bien dans le lieu la présence de restes ou reliques du saint ): «Église placée sous l’invocation d’un ou de plusieurs martyrs».

Le martyrium, en fin de compte, peut prendre plusieurs sens par métonymie dès lors que le saint y repose, même sous la forme d’une simple relique: l’église ou la chapelle, la crypte, voire le reliquaire.

Par défaut